FabLab : espaces de créativités ouverts

OSO 2025 : une école d’été pour co-construire les instruments de la recherche océanographique de demain

L’école d’été OSO (Open Source Oceanography) invente une autre façon de faire de la science en mer. Sous l’impulsion de Maud Tournery, responsable du FabLab du campus IMT Atlantique à Brest, ce rendez-vous réunit chercheurs, étudiants et citoyens autour d’un objectif commun : concevoir des instruments océanographiques frugaux, libres et durables.

Quand la science descend du laboratoire pour aller sur les pontons, le changement de perspective est total. C’est ce que propose OSO, un événement né en 2023 de la rencontre entre l’association Astrolabe Expéditions, le fablab d’IMT Atlantique, et des scientifiques de la communauté ISblue dont l’IUEM. L’idée ? Consacrer quelques jours à un format intense et collaboratif, pour faire progresser des projets concrets en instrumentation océanographique open source.

« Nous voulions rassembler autour de projets de terrain des publics très divers, en mode hackathon, avec du prototypage rapide, des tests en mer, et une logique de cycle de vie complet des objets : depuis le besoin scientifique jusqu’à leur usage en science participative », explique Maud Tournery, qui coordonne l’école d’été.

De la frugalité à la puissance collective

Dans le monde de l’instrumentation scientifique, l’open source n’est pas une évidence. Et pourtant, il représente une révolution silencieuse. Ici, chaque composant, chaque ligne de code, chaque plan de fabrication est partagé librement. Objectif : que chacun puisse s’approprier, adapter, répliquer et améliorer l’outil. Une démarche à la fois technique et politique : garantir l’accès, éviter l’obsolescence, encourager l’innovation décentralisée, construire utile. Et surtout, mettre entre les mains des communautés — citoyennes comme scientifiques — les outils pour observer, comprendre et protéger l’océan.

Cette philosophie irrigue l’ensemble des projets menés en OSO : caméras sous-marines KOSMOS, sondes LittObs, débitmètre planctonique, capteurs pour les habitats d’oiseaux marins… Tout est pensé pour être duplicable, right-tech, avec un coût maitrisé, et rigoureusement documenté.

Une pédagogie par la pratique

En 2025, l’école d’été franchi un cap. Grâce au financement d’ISblue dans le cadre des PIM (Parcours Intersemestres Mutualisés), l’école s’ouvre pleinement aux étudiants : 15 d’entre eux intègrent l’événement, dans le cadre de leur formation, avec attribution de crédits ECTS. Un tutoriel pas-à-pas en début de semaine leur permet de comprendre la fabrication d’un data-loggeur, un mini-ordinateur embarqué qui capte et enregistre les données. 

Les autres temps sont rythmés par des ateliers techniques, des conférences, des temps de prototypage au fablab, des tests in situ… Une pédagogie par l’expérience, la rencontre et l’itération, qui séduit aussi bien les néophytes que les plus aguerris. « On a appris à souder, à modéliser, à comprendre comment fonctionne un capteur. Moi, l’électronique, ça me faisait peur. Maintenant je me dis que c’est faisable, qu’on peut même en faire quelque chose d’utile », confie une participante.

Confection de caissons étanches, impression 3D et modélisation de pièces spécifiques, soudure : l’ensemble des moyens du fablab est mis à disposition pour prototyper. Tester les prototypes en mer avec les moyens d’IMT Atlantique est un atout clé de l’école d’été. Une opportunité et un facteur d’attractivité facilité par Nathalie Marschal, la responsable APSE du campus de Brest : les prototypes sont testés avec le voilier dans la rade de Brest, les kayaks, paddles et le zodiac dans l’anse du Dellec. 

« Dans le cadre de notre PIM, les dispositifs qui sont prototypés doivent être facilement maniable et pourvoir échanger avec des personnes du terrain était essentiel à la confection de nos projets. On a également pu engager la discussion avec le skipper du voilier de l’IMT Atlantique qui a connaissance des usagers de la mer (plaisanciers et marins pêcheurs par exemple », explique une participante.

Une mer d’innovations

L’édition 2025 s’appuie sur les acquis de 2024. Des prototypes déjà testés vont plus loin, comme le débitmètre planctonique, fabriqué à moins de 20 euros contre 600 pour sa version commerciale. Son amélioration — la détection automatique du volume d’eau filtré — permettra de mieux calibrer les données issues du programme Objectif Plancton, une action de science participative coordonnée notamment par Océanopolis et l’Ifremer.

Le système KOSMOS, caméra sous-marine open source, continue d’évoluer : après l’ajout d’un GPS autonome en 2024, l’édition 2025 intègre un hydrophone pour capter les sons marins et un capteur d’orientation. De nouveaux projets étudiants visent à faciliter la récupération de données sans ouvrir le caisson étanche, ou à automatiser l’analyse vidéo. Autre progrès notable sur les sondes LittObs : l’installation d’un système anti-fouling mécanique, à base de LEDs stérilisantes, permettant de limiter les biofilms sans recourir à des produits chimiques. Résultat : un capteur protégé, même après plusieurs semaines sous l’eau.

Science, mer et partage

Mais l’école d’été n’est pas seulement une école de technique. C’est aussi un laboratoire d’interdisciplinarité, un espace de médiation et de co-construction. Les participants viennent de tous horizons : étudiants en biologie, ingénierie, techniciens, enseignants-chercheurs, plaisanciers retraités, citoyens en reconversion. Ce brassage favorise une approche globale : chacun apporte son expertise, ses besoins, sa créativité.

La documentation produite est librement accessible, sur Notion ou sur des plateformes comme KOSMOS.fish. Les projets se prolongent : en stages, en travaux étudiants (FISE), ou dans le cadre de réseaux comme DIY Océanographie, animé par ISblue.

Pour conclure : changer l’échelle

L’école d’été montre qu’une autre recherche est possible, plus ouverte, plus horizontale, plus connectée aux usages. Pour Maud Tournery, le vrai levier, c’est la formation : « A IMT Atlantique, dans le cadre de notre démarche de médiation scientifique au Département DELMA, nous avons à cœur d’initier les jeunes scientifiques à la frugalité, à l’open source, à l’approche collective, explique le responsable. Nous créons des espaces et proposons des lieux comme le FabLab où ingénieurs, chercheurs et citoyens peuvent se rencontrer et inventer ensemble. »

Dans un contexte de crise environnementale, de pression sur les écosystèmes et d’inégalités d’accès aux savoirs, l’école d’été OSO trace une voie lucide, joyeuse et exigeante. Une école où l’on apprend à faire, mais aussi à faire ensemble.